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CORPS PERDU / Aimé CÉSAIRE, borne 1913 in Basse-Pointe (Martinique)

Gravures / Pablo Picasso / catalogues: Bloch 632à663, Rauch 75 et Cramer 56

 

Parmi moi

de moi-même

, a moi-même

hors toute constellation

en mes mains serré seulement

le rare hoquet d'un ultime spasme délirant

 

ma face perdue ta face éperdue

ensemble fondu intimes confondues

toute chose miroitante toute chose clapotante

entre nos corps balances par naufrage

dans 1'elan ou le vent que la vague me rapporte

chair

à contre jour

en banc de sable

éclate

vibre mot

j'aurai chance hors du labyrinthe

plus long plus large vibre

en ondes de plus en plus serrées

 

 

en lasso où me prendre

en corde où me pendre

en arc-en-ciel

en ciel en arc

et que me clouent toutes les flèches

et leur curare le plus amer

au beau poteau-mitan de très fraîches étoiles

vibre

vibre essence même de l'ombre

en aile en gosier c'est à force de périr

le mot nègre

sorti tout armé du hurlement

d'une fleur vénéneuse

 

le mot nègre

tout pouacre de parasites

le mot nègre

tout plein de brigands qui rôdent

de mères qui crient

d'enfants qui pleurent

le mot nègre

un grésillement de chairs qui brûlent

acre

et de corne

le mot nègre

comme le soleil qui saigne de la griffe sur le

trottoir des nuages

le mot nègre

comme le dernier rire vêlé  de l'innocence

 

 

entre les crocs du tigre

et comme le mot soleil est un claquement de balles

et comme le mot nuit un taffetas qu'on déchire

le mot nègre

dru savez-vous

du tonnerre d`un été

que s'arrogent

des libertés incrédules

 

Écroulement de donjons

 

salmis de paradis et de prisons

poissons grandes clefs rouillées qui descendent

sans faire de ronds

silence ou distance mieux qu'appairage

de ma bouche à ta bouche

 

 

fraîcheur d'un serpent blond

désormais le palmier épris de ta chevelure

nage à la hisser toute

comme à mi-corps hors pénombre

l'annonce salée du fort printemps

tout un mai de canéficiers

sur la poitrine de pur hoquet

d'une île adultère de site

chair qui soi prise de soi-même vendange

ö lente entre les tacites

pincée d'oiseaux qu'attise un vent

ou. passent fondues les chutes du temps

le feu foison d'un rare miracle

dans l'orage toujours crédule

 

 

d'une saison non évasive

et si j'avais besoin de moi

d'un vrai sommeil constrictor

blond de même qu'un éveil

 

d'une ville s'évadant dans la jungle ou le sable

flairée nocturne flairée

d'un dieu hors rite ou de toi

d'un temps de mil et d'entreprise

et si j'avais besoin d'une île

Bornéo Sumatra Maldives Laquedives

si j'avais besoin d'un Timor parfumé de Sandal

ou de Moluques Ternate Tidor

ou de Célèbes ou de Ceylan

 

qui dans la verte nuit magicienne

aux dents d'un peigne triomphant

peignerait le flux et le reflux

et si j'avais besoin de soleil

ou de pluie ou de sang

cordial d'une minute d'un petit jour invente

d'un continent inavoué

d'un puits d'un lézard d'un rêve

songe non rabougri

la mémoire poumonneuse et le cœur dans la main

et si j'avais besoin de vague ou de misaine

ou de la poigne phosphorescente

d'une cicatrice éternelle

 

qui donc

qui donc

aux vents d'un peigne triomphant

peignerait une fumée de climats inconstants

qui donc

qui donc

ö grande fille à trier sauvage condamnée

en grain mon ombre

des grains d'une clarté

et qui savamment entre loup et chien m'avance

attentif à bien brouiller les comptes

 

 

Et les collines soulevèrent

de leurs épaules grêles

de leurs épaules sans paille

de leurs épaules d'eau jaune de terre noire

de nénuphar torrentiel

la poitrine trois fois horrible du ciel tenace

 

 

c'était l'aube la vraie la racine de la lune

et midi arriva l'eau n'était plus 1'eau

le ciel n'était plus le ciel

le ciel n'était qu'un pavillon de trombone

ou soufflaient

les trente mille chameaux du roi de Gana

la masse du dernier soleil tomba

à écraser jusqu'à une poussière

le mauvais trot

inapte à se dresser au sifflement de l'homme

la marée de moins en moins publique de l`air

se retira de la place pour la première fois

s'enroulant t une vitesse de plus en plus folle

autour de quatre fuseaux

aux quatre points jadis cardinaux

 

pour ma part tu reconnaissais mon étreinte

à la manière aveuglante de la liane pringamosa

qui brûle et fascine jusqu'aux oiseaux

puis ce fut le tour de l'eau

dont la griffe de chaque grain de rosée

monta sans en oublier aucune

à chaque fleur à chaque feuille à chaque cime

à chaque témoin à chaque stature

avec l'implacable sûreté

d'une armée de fourmis tambochas

un midi ténébreux la tige éblouissante du silence

ahi roto

guajiro

desperado

 

frères je suis ivre de 1a terrible ivresse de

ceux qui n'ont pas bu

eho

roto

desperado

entends franchir 1a barre des miettes

des mèches des armes du petit jour

 

brèche d'un silence long de mamelles

1e rire nu d'un immense soleil réconcilie

et voici que cette terre plus haut que 1es mangliers

plus haut que les pâmoisons créoles des lucioles bleues

se mit à parler de manière fraternelle

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Gravures / Pablo Picasso / catalogues: Bloch 632à663, Rauch 75 und Cramer 56

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